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Alain Malka

Directeur des Ressources Humaines

Les jeunes cherchent souvent un métier spécifique en sortant de l’école. Chez Air France, que peuvent-ils faire concrètement ? Prenons justement le cas d’un ingénieur débutant. Que pouvez-vous lui proposer à la sortie de l’école ? Pouvez-vous nous donner un exemple de « métier passionnant » et propre à Air France ?
En quoi le recrutement de jeunes diplômés est-il un enjeu fort ? Peut-on dire qu’entrer à Air France, c’est d’abord entrer dans une grande entreprise internationale ? En quoi cette part de rêve rend-elle l’entreprise différente ?
Cela signifie que l’on se sent mieux chez Air France si l’on est toujours émerveillé de voir un avion partir ? L’intérêt du travail chez Air France naît-il de la complexité ? Peut-on dire qu’Air France est devenu un des leaders mondiaux grâce à ses ressources humaines ?
La diversité est-elle un enjeu du recrutement ? Vous êtes DRH d’Air France, et vous portez par conséquent les couleurs d’une des marques françaises les plus prestigieuses. Pourtant, votre bureau ressemble à n’importe quel bureau de cadre, sans confort ni luxe particulier.




Les jeunes cherchent souvent un métier spécifique en sortant de l’école. Chez Air France, que peuvent-ils faire concrètement ?

Chez nous, il y a des experts, des métiers très pointus, en particulier dans le domaine aéronautique. Cependant nous recrutons avant tout des profils généralistes qui seront amenés à manager des équipes et des projets. Changer de métier est ainsi une réalité et une vraie richesse. Je peux en témoigner : je suis ingénieur Supaéro, et aujourd’hui, je suis DRH de l’entreprise. Entre temps j’ai occupé plus d’une dizaine de postes, dans des lieux et fonctions très divers.


Prenons justement le cas d’un ingénieur débutant. Que pouvez-vous lui proposer à la sortie de l’école ?

Il aura le choix entre différents métiers : ceux liés à la maintenance des avions, à l’informatique, en pleine évolution, mais aussi les métiers propres au transport des passagers et des marchandises, « l’exploitation ». Il y découvrira des métiers passionnants, particulièrement liés à la logistique. Et pourquoi pas, enfin, des métiers plus commerciaux avec un volet international très important, compte tenu des synergies développées entre Air France et KLM.


Pouvez-vous nous donner un exemple de « métier passionnant » et propre à Air France ?

Prenons par exemple le métier des analystes de vol, au sein de ce que nous appelons le « revenue management ». Les analystes sont un peu nos « golden boys ». L’enjeu est hautement stratégique pour l’entreprise, car il s’agit d’optimiser le rendement économique des vols en fonction du marché. L’analyste utilise bien sûr des bases statistiques, mais la complexité de sa mission l’amènera en permanence à modifier les paramètres et à faire des choix ; une partie de la performance économique de l’entreprise dépend de son efficacité. Il travaille en interface avec ses collègues du « Programme » qui doivent arbitrer très finement entre la demande, les offres des concurrents sur un marché mondial en constante évolution, les contraintes aéroportuaires, les opérations de maintenance des appareils.

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En quoi le recrutement de jeunes diplômés est-il un enjeu fort ?

D’abord, il y a beaucoup de départs à la retraite dans les prochaines années, qui génèrent un fort besoin de recrutement. Mais derrière cet aspect quantitatif, on a sans cesse besoin d’idées neuves. Les jeunes que nous recrutons doivent aussi être capables de nous apporter leur créativité, leur capacité à agir, leur pugnacité et leur envie de réaliser des grands projets.


Peut-on dire qu’entrer à Air France, c’est d’abord entrer dans une grande entreprise internationale ?

Oui, parce que l’essence même de notre activité, c’est de transporter des passagers donc de créer du lien à travers le monde entier. Il y a une part de rêve à Air France qui nous rend différents de n’importe quelle grande entreprise internationale.


En quoi cette part de rêve rend-elle l’entreprise différente ?

Cela n’a rien à voir avec le prestige des grands groupes : on retrouve une force d’engagement extraordinaire dans une compagnie aérienne comme Air France. Il ne s’agit pas seulement de vendre un beau produit, mais aussi de vendre du rêve à nos clients. C’est cela qui permet de dépasser les frustrations que l’on peut trouver dans toutes les entreprises classiques. Le collectif prend le pas sur l’individuel. Fondamentalement, nous avons un métier relationnel et transversal. Il est toujours miraculeux de voir un avion partir au regard du nombre de personnes qui sont intervenues autour d’un départ.

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Cela signifie que l’on se sent mieux chez Air France si l’on est toujours émerveillé de voir un avion partir ?

Oui, absolument. Mais cela doit rester rationnel… Il ne s’agit pas non plus de s’engager pour la vie. L’objectif est néanmoins d’accueillir des collaborateurs qui sont passionnés par l’aérien, parce que l’on fait un métier qui est souvent plus complexe que d’autres. C’est ce que nous disent bon nombre de ceux qui ont travaillé dans d’autres entreprises.


L’intérêt du travail chez Air France naît-il de la complexité ?

Oui, même si cette complexité est quelquefois dure à vivre. Résoudre la complexité oblige à travailler avec les autres, à innover, à être à l’écoute de ce qui se passe à l’extérieur. On ne peut résister à toutes les contraintes de l’aérien que si l’on sait innover. Et il ne s’agit pas seulement de technologie ; mais aussi de service. Savoir résoudre la complexité, fédérer, innover… Ce sont certainement les premières qualités que l’on va rechercher chez les jeunes diplômés qui nous rejoignent.


Peut-on dire qu’Air France est devenu un des leaders mondiaux grâce à ses ressources humaines ?

La particularité de notre métier est de produire un service non stockable : on le réalise tous les jours devant le client. Les équipes doivent se mobiliser autour de lui, c’est un des rôles clés du management. Nos succès sont un mix entre des choix stratégiques pertinents et l’engagement de chaque collaborateur pour le client.

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La diversité est-elle un enjeu du recrutement ?

La diversité est inhérente à nos gènes. Nous sommes en contact avec le monde entier, la question ne se pose même pas : nous sommes divers par essence. Ce n’est pas un enjeu en soi car c’est déjà une réalité.


Vous êtes DRH d’Air France, et vous portez par conséquent les couleurs d’une des marques françaises les plus prestigieuses. Pourtant, votre bureau ressemble à n’importe quel bureau de cadre, sans confort ni luxe particulier.

C’est sans doute culturel. Nous n’avons pas besoin de ces signes, il n’y a pas de culture du statut à Air France. Mais moi j’ai quelque chose qu’aucun autre DRH ne peut avoir, c’est le ballet incessant des avions qui décollent et atterrissent sous mes fenêtres. Je me ressource en regardant ça ; j’en ai besoin. Je ne veux pas promettre une vie confortable aux jeunes cadres qui nous rejoignent ; mais en revanche, je peux leur garantir une aventure professionnelle extraordinaire. Ce bureau est peut-être aussi symbolique de la nouvelle direction prise par l’entreprise depuis une dizaine d’années : de l’efficacité, pas de superflu.
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